L'or devrait fortement s'apprécier, mais pas dans l'immédiat
Par credit news, mardi 29 août 2006 à 21:44 :: Bourse :: #278 :: rss
L'or devrait fortement s'apprécier, mais pas dans l'immédiat
Selon Lionel Motière, directeur de «Diapason» à lausanne, «l´or grimpera à 1000 dollars l´once au minimum à moyen et long terme».
METAUX PRECIEUX. Certains experts osent parler d'un prix supérieur à 1000 dollars l'once.
Les experts sont circonspects. La tradition veut que le métal jaune soit au plus bas de l'année entre la fin d'août et le début de septembre, juste avant la saison des mariages en Inde, quand la demande de bijoux s'accélère. Pourtant l'or, qui a touché en mai son plus haut niveau depuis 26 ans, à 730 dollars l'once, n'est guère descendu de ses hauteurs printanières. Faut-il tout de même l'acheter maintenant? La complexité du problème dépasse le seul facteur saisonnier. Elle intègre aussi le comportement des banques centrales. Une partie d'entre elles, dont la Suisse et la Banque centrale européenne, ont signé l'accord de Washington pour déterminer le maximum d'or qu'elles s'autorisent à vendre pour ne pas perturber le marché. Signé d'abord en 1999 pour une durée de cinq ans et renouvelé en 2004, il fixe un montant maximum pour chaque année, laquelle échoit le 26 septembre. Or cette année les autorités d'émission se sont séparées de 160 tonnes de moins que leur objectif annuel qui est de 500 tonnes, selon le World Gold Council. Vendront-elles le solde d'ici là?
Une réponse positive à cette question perturberait les espoirs de hausse. Par contre, leur réticence à vendre enverrait un signal éminemment positif. Les montants non vendus ne peuvent être compensés l'année suivante. Toujours est-il qu'au deuxième trimestre, les ventes officielles de la part des banques centrales ont diminué de 63% sur base annuelle. Non seulement les ventes des banques occidentales sont de plus en plus éparses, mais on prête aux banques asiatiques l'intention de diversifier leurs réserves hors du dollar. Chaque signe de leurs intentions, aussi prosaïques soient-ils, est l'objet de vastes débats.
Pendant ce temps, les achats pour la bijouterie, certes à un nouveau record, semblent souffrir des fortes fluctuations de prix. Mais c'est l'énergique demande d'investissement qui détermine le prix. Et celle-ci a pris l'ascenseur. Selon la BNS, l'investissement net a excédé 700 tonnes l'an dernier. L'instrument populaire du moment pour les investisseurs, les fonds indiciels ETF, représentait l'équivalent de 20 tonnes en 2003. Ils dépassent 500 tonnes aujourd'hui.
Le recul saisonnier du prix pourrait conduire le métal à 600 dollars l'once, voire à 580, selon Robert Chardon, cogérant d'un fonds sur l'or pour Lombard Odier Darier Hentsch, à Genève. Dans le pire des cas, il redescendra à 500 dollars, mais l'once devrait partir à la hausse avant la fin de 2006. Le cours sera notamment soutenu par la fin de la hausse des taux américains et les conséquences négatives pour le dollar qui en résultent, selon l'expert genevois. Car la monnaie américaine et l'or évoluent en sens inverse.
Pour la même raison de corrélation inverse avec le dollar, Lionel Motière, directeur de Diapason, à Lausanne, anticipe un scénario différent. Logique, puisque ce dernier pense que les taux d'intérêt pourraient continuer à augmenter aux Etats-Unis. En outre, dans une opinion qui le place en opposition avec le consensus actuel, il voit le dollar s'apprécier: «Qui aurait intérêt aujourd'hui à une baisse du billet vert?» L'or baissera donc à court terme et jusqu'à la fin du premier trimestre 2007. Mais l'expert est très haussier à moyen et long terme: «L'or grimpera à 1000 dollars l'once au minimum.» Moins en réponse à d'éventuels risques géostratégiques, qui soutiennent plutôt le dollar, qu'à la hausse de l'inflation. Car au-delà des incertitudes à court terme, l'or fluctuera en fonction de l'évolution des prix.
Déflation? Inflation? Dans les deux cas, l'or serait l'actif qu'il faudrait se précipiter d'accumuler. Aujourd'hui les marchés financiers semblent plutôt penser que la stabilité des prix prévaudra, notamment après le dernier indice d'inflation américain. «Cette vision optimiste, pour les actions, les obligations et la conjoncture, est clairement la moins probable», affirme Marius Favre, conseiller pour Aria Ltd, à Genève. L'économiste anticipe à long terme un niveau de 45000 francs pour le kilo d'or.
Ben Bernanke, à la tête de la réserve fédérale américaine, a suffisamment répété sa hantise d'une déflation. Il serait prêt à jeter des billets de banque par hélicoptère. Ce qui lui vaut le surnom d'«Hélicoptère Ben». La Fed ne risquera donc pas un effondrement de la consommation. Le scénario inflationniste est plus probable, selon Marius Favre. Il est d'ailleurs bien enclenché. L'inflation américaine est maintenant à 4,1%. Et la tendance des prix hors énergie et alimentation (2,7%) tend à s'accélérer et à rattraper le taux nominal de l'inflation. L'économiste s'étonne: «Personne ne s'inquiète, pourtant dans les années 70, avec le franchissement de la barre des 3%, l'affolement a été tel aux Etats-Unis qu'on a pris les mesures draconiennes de taxes à l'importation. L'expérience montre que la stabilité des prix à un certain niveau est extrêmement difficile. L'expert genevois s'appuie sur les obligations indexées à l'inflation pour montrer que les marchés financiers sous-estiment la hausse des prix. Sur cette base, les marchés anticipent environ 2,5% d'inflation. C'est bien en dessous de la réalité future, à son avis. Lionel Motière appuie ce raisonnement: «La tendance sur trois mois de l'indice des prix américain (CPI) est la pire depuis janvier 1992. Sur six mois, elle est la pire depuis 1991 et le taux d'accélération semestriel est le pire depuis 1983.» L'or est le reflet des liquidités existantes, poursuit-il, et celles-ci sont en forte hausse. L'accès au crédit est très facile. Les achats d'immobilier sans apport d'argent sont à nouveau possibles, même pour les particuliers. Et les émissions d'obligations pour les entreprises (corporate bonds) sont en hausse de 17% sur un an. Par contre, les banques centrales ne sont pas déterminantes sur la tendance du métal jaune, à son avis.
Dans le passé, elles ont souvent vendu au mauvais moment. A long terme, elles devraient tendanciellement être vendeuses d'or, en raison des pressions sociales grandissantes. L'or est sous-évalué par rapport aux autres matières premières, poursuit Marius Favre. En trois ans, le cuivre s'est apprécié 4 fois plus vite que l'or. Les experts scrutent aussi le rapport entre le pétrole et l'or. Actuellement il est de 8,7 fois, mais en moyenne à long terme il est de 16 fois. L'argument utilisé pour justifier l'envol de ce ratio tient aux difficultés structurelles à découvrir de nouveaux champs miniers. Il peut être repris sans autres pour l'or. Il y a 25 ans, il fallait 1,5 tonne de gisement pour produire un gramme d'or. Aujourd'hui 4 à 5 tonnes sont nécessaires.

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