Source letemps.ch

L'or répond aux désirs de préservation du capital, mais l'investisseur lui fait peu confiance. Faut-il l'intégrer dans la performance?
Emmanuel Garessus
Si l'or se sent des ailes depuis 4 ans, la proportion qu'il occupe dans les portefeuilles est toujours fragile. «La part de l'ensemble des matières premières dans le portefeuille modèle a été abaissée de 3 à 1% à la fin du premier trimestre et n'a pas ensuite été modifiée», selon Robert Chardon, cogérant d'un fonds sur l'or pour Lombard Odier Darier Hentsch, à Genève.

Lionel Motière, auprès de Diapason, à Lausanne, recommande une part sensiblement supérieure. «Au moins 5% d'or dans un portefeuille, sous forme physique de préférence, sinon en ETF ou en Futures, et entre 15 et 25% pour l'ensemble des matières premières». Cette préférence pour l'or physique répond au souci de couvrir les risques exceptionnels. Le handicap du transport est compensé par des avantages indiscutables en cas de crise. C'est aussi pourquoi l'expert en matières premières n'apprécie pas les ETF qui possèdent une clause de force majeure qui évite la livraison en cas exceptionnel. Car c'est justement à cette fin que l'on détient le métal jaune. Des créances envers un quelconque émetteur d'instruments basés sur l'or ne seraient pas d'un grand secours, selon la Banque Wegelin.

Auprès de Lombard Odier Darier Hentsch, on estime toutefois le moment mal choisi pour trop y investir: le fonds de matières premières (517 millions de francs de fortune) contient 12% d'or et autres métaux précieux, en ligne avec son indice de référence, selon Robert Chardon. Celui-ci cogère aussi le fonds World Gold Expertise. Ce fonds de placement en or et mines d'or privilégie les petites sociétés aurifères aux grandes compagnies, car ces dernières peinent à stimuler leur croissance. En outre, les petites compagnies réagissent plus que proportionnellement à la hausse de l'or, mais sont également plus sensibles à des catalystes spécifiques, ce qui permet de diversifier le risque.

Mais faut-il penser au métal jaune en termes de performance? Konrad Hummler, associé de Wegelin & Co, propose de placer 5% en or à des fins de préservation du capital et de ne pas l'intégrer dans l'analyse de la performance. «Nous ne pouvons négliger l'éventualité aussi dangereuse qu'improbable d'une crise systémique», écrit-il. En cas de crise systémique, le prix de l'or «augmenterait de façon spectaculaire, n'étant soumis ni à l'inflation ni à la mainmise politique». L'idée n'est pas de peindre le diable sur la muraille, mais de disposer d'une assurance «raisonnable» contre un risque improbable, mais hautement dangereux. On se dote d'une assurance incendie pour sa maison, sans quoi on n'oserait allumer le grill l'été. Konrad Hummler observe que la plupart des fortunes ont été dilapidées, diluées ou détruites le siècle dernier, comme durant les dévaluations des années 30 et 40, ou après 1973, à l'abandon du système de Bretton Woods. Konrad Hummler constate l'existence de risques majeurs, à commencer par la montée de l'endettement implicite des systèmes de prévoyance. C'est-à-dire de l'écart entre les promesses de paiements futurs et les recettes futures probables. C'est une véritable «bulle de promesses». Il résulte d'un mécanisme de contrainte auquel personne n'échappe. L'endettement est bien trop élevé dans l'économie, essentiellement à cause de l'effet de levier. C'est un doux poison. Les banques centrales ne peuvent pas exercer une surveillance autre qu'indirecte et limitée.