La France manque de gazelles, ces PME dynamiques qui créent le plus d'emplois
Par credit news, jeudi 7 septembre 2006 à 00:41 :: Emplois :: #319 :: rss
«La France manque de gazelles, ces PME dynamiques qui créent le plus d'emplois»
MACROECONOMIE. L'économiste français Christian Saint-Etienne critique le poids des dépenses publiques qui pénalisent le développement des petites entreprises. Partisan des baisses d'impôts, il critique pourtant la concurrence fiscale entre Etats.
Frédéric Lelièvre
Mercredi 6 septembre 2006
Après plusieurs années de croissance molle, l'économie française connaît un réel dynamisme. Principal problème de l'Hexagone, le chômage a sensiblement reculé ces derniers mois, pour passer sous la barre des 9%. Christian Saint-Etienne n'y voit pourtant qu'un feu de paille et critique le rôle de l'Etat. Professeur d'économie aux Universités de Tours et de Paris Dauphine et auteur de plusieurs rapports et essais, dont L'Etat efficace à paraître en janvier chez Plon Perrin, il était invité à Genève mardi par la banque Julius Bär.
Le Temps: La France se porte mieux, voire bien. Cela va-t-il durer?
Christian Saint-Etienne: Je ne le crois pas car, d'une part, l'appareil productif est très affaibli par dix années d'investissements insuffisants. L'effort privé de recherche et développement (R & D) se limite à 1,2% du produit intérieur brut (PIB), quand il atteint 1,5% en Allemagne, autant aux Etats-Unis et 1,8% au Japon.
D'autre part, la France souffre du poids de la dépense publique, qui dépasse d'au moins 6 points de PIB la moyenne des pays de la zone euro. En quinze ans, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 25%. Or la qualité du service public ne justifie pas que les prélèvements obligatoires atteignent 44% du PIB. Nous avons montré que, avec seulement 37%, le même niveau de service pourrait être fourni.
- Le taux de chômage peut-il continuer à reculer?
- La marge de baisse reste étroite. Le taux de chômage structurel se situe à près de 8%, si l'on est très optimiste! Aux Etats-Unis, il s'établit un peu au-dessus de 4%. Il faudrait trois ou quatre années de croissance soutenue pour le faire reculer en France. Et surtout que les créations d'entreprises soient importantes.
- La France compte pourtant de nombreux grands groupes en bonne santé...
- Oui, mais elle manque cruellement de «gazelles», ces petites et moyennes entreprises (PME) dynamiques qui emploient entre 70 et 300 personnes et créent l'essentiel des postes dans l'industrie, le commerce et les services.
- La création d'entreprises n'a-t-elle pas été simplifiée?
- Oui. La Banque mondiale estime même que la France figure parmi les pays où il est le plus facile de lancer sa société. Mais les obstacles administratifs et surtout fiscaux bloquent le développement des PME. La France compte ainsi moitié moins de ces gazelles que l'Allemagne.
- Vous préconisez des baisses d'impôts. Etes-vous aussi un partisan de la concurrence fiscale entre Etats?
- Parce qu'elles doivent aligner leurs prix sur ceux de leurs concurrentes européennes et qu'elles subissent davantage de pression fiscale, les PME françaises ont dû faire d'importants gains de productivité. Elles ne peuvent plus tolérer de poches de sous-compétitivité dans leur organisation, ce qui chasse du marché du travail les salariés les moins efficaces. Réduire la pression fiscale résoudrait en bonne partie le problème de l'emploi et stimulerait les investissements en R & D.
A court terme, la concurrence fiscale internationale va forcer Paris à aller dans ce sens. Berlin, qui augmente la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) pour diminuer l'impôt sur le bénéfice des sociétés (IS), entretient ce jeu.
Sans limites, cette compétition va cependant conduire à ne plus taxer que les facteurs les moins mobiles, tels les salariés les moins qualifiés et les moins payés. Cela pose des questions de justice et met en danger la démocratie. Je suis plutôt partisan de la fixation d'un seuil minimal d'IS et d'une taxation des fortunes qui permette de garder ces dernières sur le territoire national.
- Vous reprochez donc aux cantons suisses d'attirer des sociétés avec cet argument fiscal...
- Tant que le phénomène se limite à l'Irlande et la Suisse et aux sièges de multinationales, qui emploient peu de personnes, la pratique reste tolérable.
- Les Français protestent contre l'érosion de leur pouvoir d'achat. Qu'en dites-vous?
- C'est surtout la classe moyenne qui souffre. Elle doit financer beaucoup plus d'inactifs que dans les autres pays. Et, depuis plusieurs années, son fonds de roulement a effectivement diminué.

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