La classe moyenne indienne fait saliver les banquiers

AFFAIRES Dès 2009, les banques étrangères pourront racheter des établissements indiens. L’UBS attend son tour, comme HSBC ou Citibank. La BCV se prend à rêver: «Un jour peut-être».

De retour de Bombay / FRANCOIS PILET
Publié le 22 septembre 2006
PHOTO GAMMA-ROBERT NICKELSBERG
EPARGNE La classe moyenne indienne compterait 200 millions de personnes dont le salaire mensuel dépasse 300 francs suisses par mois. / PHOTO GAMMA-ROBERT NICKELSBERG

L'Inde a réglé son big bang bancaire sur 2009. Dès cette date, le gouvernement devrait ouvrir le secteur aux investissements directs de l'étranger. Dans les couloirs climatisés du quartier des affaires de Bombay, les banquiers débarquent du monde entier et n'ont d'yeux que pour cette classe moyenne que chacun évalue à sa propre sauce: aujourd'hui, ce sont probablement plus de 200 millions d'Indiens qui gagnent plus de 300 francs suisses par mois et ouvrent leurs premiers comptes épargne.

Petits et gros poissons

Certes, la présence des grandes banques internationales est une vieille histoire dans les ports du sous-continent: une des plus ancienne du monde, l'italienne Monte dei Paschi Di Siena, fondée en 1472, compte encore un bureau dans les étages de l'Hôtel Taj de Bombay. Mais à l'aube du XXIe siècle, les affaires pourraient reprendre comme jamais auparavant.

Alléchées, les plus grandes banques prennent leurs positions. L'UBS s'est lancée dans un labyrinthe administratif pour obtenir une licence bancaire et les petits poissons, eux aussi, s'agitent en toute discrétion.

Lors d'une visite menée au pas de charge la semaine dernière, le président du conseil d'administration de la Banque cantonale vaudoise, Olivier Steimer venait humer l'air des Indes. La première rencontre au programme était organisée avec S. Krishnamoorty, un ancien de la SBS aujourd'hui représentant officiel de la Banque cantonale de Zurich (ZKB) à Bombay. L'homme y joue le rôle de «facilitateur» pour la ZKB, notamment pour des contrats d'exportation de machines. La preuve qu'un modeste établissement helvétique – 100% en mains du Canton de Zurich – peut trouver son créneau sur cet immense marché.

«Un jour peut-être»

Une voie à suivre pour la BCV? «Certainement pas dans l'immédiat, répond Olivier Steimer, mais c'est une expérience intéressante». Après son renflouement par les caisses publiques vaudoises en 2003, un retour de la BCV sur ces marchés turbulents n'est pas encore envisageable. Mais sait-on jamais. «Un jour peut-être», glisse Olivier Steimer. Entre-temps, les grandes banques affûtent leurs armes. La Deutsche Bank (DB) fonce bille en tête et vise le marché de détail en installant des distributeurs automatiques par milliers dans les villes. Les Allemands visent une clientèle urbaine et éduquée: dès 500 francs suisses de dépôt, la DB propose un compte courant et une carte de crédit. Plus de 30 000 clients ont signé depuis le début de l'année, mais ce chiffre n'impressionne pas la concurrence. Car malgré ces initiatives disparates, le marché bancaire indien reste aussi verrouillé et fragmenté qu'au temps de l'économie planifiée d'avant 1991. Les chiffres ont de quoi donner le vertige à un banquier suisse, a fortiori vaudois. Le marché bancaire est estimé à 600 milliards de francs. Une vingtaine de banques privées – en mains indiennes – ne réalisent que 20% du chiffre d'affaires du secteur et emploient près de 90 000 personnes. Le secteur public, lui, s'assure encore 75% du marché et compte 750 000 employés, sans compter les huit banques centrales.

Avant la concentration annoncée du secteur, le gouvernement fait habilement monter les enchères. Les banques étrangères sont enserrées par des lois qui les empêchent de s'attaquer sérieusement à ce marché gigantesque. Interdiction leur est faite, par exemple, d'ouvrir plus de 15 succursales par an; une goutte d'eau dans le Gange comparé aux dizaines de milliers de points de vente des banques publiques à travers le pays. Pas d'autre issue, donc, pour les géants comme HSBC, Citibank ou ABN Amro que d'attendre leur tour pour racheter une grosse banque indienne le jour où le marché s'ouvrira enfin.