Recouvrer la santé avant de retrouver un emploi

SOCIÉTÉ Le chômage a-t-il une incidence négative sur la santé des travailleurs qui ont passé la cinquantaine? Non, si on leur apprend à exercer leurs «compétences en santé». Telle est la réponse donnée par une récente étude soutenue par les cantons.

PATRICIA RODIO
Publié le 21 septembre 2006

FLORIAN CELLA- Projet pilote. Daniel Lambelet, directeur de la Fondation Mode d’emploi, à Lausanne, estime qu’en sensibilisant les chômeurs à leur état de santé, on contribue à réduire les retombées négatives d’une période prolongée de mise à l’écart du marché de l’emploi.

«La durée moyenne de recherche d'emploi des personnes âgées de 55 ans et plus est de 478 jours.» Période durant laquelle «près d'une personne sur deux de plus de 50 ans quitte l'assurance chômage sans reprise d'emploi (maladie, renoncement, etc.)». Allongeant presque d'autant les listes d'attente pour l'assurance invalidité.

Ces données sont souvent étudiées du point de vue professionnel et des compétences techniques, ce uniquement en vue d'une réinsertion rapide. La santé n'est jamais abordée dans les ORP. Et pourtant, être en bonne forme, tant psychique que physique, permet de retrouver plus vite un emploi.

Conduit dans les sept cantons latins «sous le patronage de la Conférence romande des affaires sociales et de la santé (CRASS)», un programme de promotion de la santé des 50 ans et plus (intitulé 50PlusSanté) le démontre. Pendant six mois, Vaud, Fribourg et le Jura, ainsi que différents organismes d'utilité publique, dont Pro Senectute, la Fondation Mode d'emploi à Lausanne et l'association Réalise à Genève, ont mis sur pied six projets pilotes afin d'étudier la manière de préserver ou d'améliorer le potentiel santé des quinquagénaires, en emploi, à la retraite et au chômage.

Avoir le souci de soi

Directeur de la fondation lausannoise, Daniel Lambelet a travaillé sur le portfolio/bilan de compétences orienté santé. Ses conclusions sont sans appel. «Nous nous sommes rendu compte qu'en sensibilisant les demandeurs d'emploi au fait que leur santé n'était pas un état qu'ils étaient amenés à subir, mais une compétence qui peut s'entraîner, se développer – quelque chose sur lequel ils ont prise et qui n'est pas sans lien avec leurs chances de réinsertion – on contribue à réduire les retombées négatives d'une période prolongée de mise à l'écart du marché de l'emploi», constate-t-il.

Il confirme que les expériences pilotes ont eu un impact mesurable: les participants manifestent aujourd'hui plus de «souci de soi» que les autres et ont davantage reconquis un espoir de retrouver un emploi. «Ça peut paraître modeste, mais si on réalise que cela permet aux uns de ne pas consommer d'antidépresseurs et aux autres de ne pas se laisser glisser sur la pente menant à l'assurance maladie, puis invalidité, ça donne à réfléchir», explique-t-il.

Il termine en disant que «cette sensibilisation, pour être optimale, suppose de pouvoir offrir un espace-temps à la fois individuel et collectif de travail sur le corps (relaxation, gym douce) et sur le sens (expression de son vécu, échanges, visualisation, prise de conscience de ses ressources)».

Mais voilà: même si la santé ne doit pas avoir de prix, les finances limitées des intéressés comme celles des collectivités publiques risquent fort d'empêcher la réalisation de ces fameux espaces-temps réservés à la santé.