Le fonds de placement qui met la finance sur le divan

    * Gerifonds

VAUD Quand faut-il investir, dans un marché optimiste, ou quand vaut-il mieux se tenir à l’écart? Des Lausannois lancent un fonds prenant en compte la psychologie des actionnaires.

NICOLAS BERLIE
Publié le 26 septembre 2006

Le comportement des actionnaires, et donc de la Bourse, est loin d'être toujours rationnel. Intégrer cette donnée, c'est avoir un coup d'avance sur ces concurrents: c'est ce que veulent démontrer IFP Fund Management et Quanteviour, en lançant le premier fonds de placement de droit suisse utilisant les principes de la finance comportementale.

Autrement dit, en ajoutant un peu de psychologie dans le monde de la finance: «On a voulu rationaliser à outrance, faire de la finance une science exacte. Mais on oublie que l'H omo œconomicus est sous influence, il ne prend pas toujours ses décisions rationnellement», explique Giuseppe Mirante, directeur de la société pulliérane IFP Fund Management. Réintroduire le facteur humain dans la gestion de fonds, c'est aussi faire preuve d'«humilité», ajoute-t-il.

Et cela ne tombe pas non plus de nulle part: «On peut considérer Keynes (n.d.l.r: 1883-1946) comme le fondateur de l'économie comportementale, lui qui prônait l'intervention de l'Etat - au niveau du budget, de la politique monétaire - pour contrecarrer les effets de la psychologie de masse», relève Nicolas Barile, de la société de conseil lausannoise Quanteviour. Depuis, le Prix Nobel d'économie de 2002 a également mis la finance comportementale au goût du jour.

Pionniers suisses

La joint-venture vaudoise, impliquant les trois sociétés IFP, Beau-Séjour Finance et Quanteviour, est une petite première helvétique: «C'est la preuve qu'il se passe aussi des choses à Lausanne, pas seulement à Genève et Zurich», se réjouit Giuseppe Mirante. Relevons encore que Gérifonds assure la direction du fonds, tandis que la BCV en est la banque dépositaire.

Attention, la finance comportementale ne se suffit pas à elle-même, insiste Nicolas Barile. C'est un étage de plus, combiné avec les outils d'analyse traditionnels. «Une façon d'améliorer la performance des placements, tout en réduisant les risques.» Mais comment modéliser un comportement? Pour ce faire, Quanteviour agrège toute une série d'indicateurs. Un parmi d'autres: «Quand il y a une grande disparité entre les secteurs, par exemple si la technologie est archifavorite, cela suggère une grande fragilité du marché.» De là à dire que Quanteviour aurait prévu le krach de 2002…