Un patron sur quatre gagne plus d’un million

SALAIRES Les 20 millions d’Ospel ou Vasella sont des exceptions.Les PDG gagnent en moyenne 650 000 francs par an.

ÉLISABETH ECKERT DUNNING
Publié le 04 octobre 2006

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Enfin, le constat a le mérite d'être posé alors que le débat sur la rémunération des grands patrons helvétiques fait rage tant dans l'opinion publique qu'au Parlement fédéral: «La grande majorité des membres de directions des entreprises ou des conseils d'administration ne se voient pas offrir de portefeuilles de rémunération excessifs, affirme ainsi Peter Leibfried, professeur à l'Université de Saint-Gall et auteur d'une étude sur la question réalisée pour KPMG *. En général, le système de rémunération des dirigeants suisses n'est pas si mal conçu que le débat actuel tente parfois de nous le faire croire.»

Qu'en ressort-il concrètement? L'enquête, menée auprès de 500 entreprises du pays, démontre ainsi qu'un peu plus d'un tiers des PDG helvétiques gagnent entre 400 000 et 600 000 francs par an, tandis qu'un autre tiers se contente de 200 000 à 400 000 francs. Les très hauts salaires (plus de 10 millions de francs annuels) sont donc chose extrêmement rare. Mais 24% des grands patrons suisses bénéficient tout de même d'un salaire supérieur à 1 million de francs.

Taille de l'entreprise déterminante

«En matière de fixation des rémunérations, explique encore Peter Leibfried, la taille de l'entreprise est généralement déterminante. Plus elle est importante, plus les salaires des dirigeants seront élevés.» A contrario, constate encore le professeur de l'Université de Saint-Gall, rares sont encore les rémunérations qui dépendent de la performance de l'entreprise.

Les pires fantasmes courent également en ce qui concerne les jetons de présence des administrateurs ou, plus prosaïquement, les dédommagements financiers octroyés aux personnes siégeant dans un conseil. Un président sur quatre touche ainsi entre 100 000 et 300 000 francs par an, tandis que plus de 40% sont au-dessous de cette marque. Un simple administrateur, quant à lui, devra, dans près de 70% des cas, se contenter d'une compensation inférieure à 50 000 francs par an. «Le plus souvent, la rémunération d'un administrateur dépend du nombre de séances consacrées à l'entreprise, affirme ainsi Hubert Achermann, directeur général de KPMG Suisse. En moyenne, les conseils d'administrations se réunissent tous les deux mois, chaque séance exigeant de leurs membres quelque 10 heures de leur temps, y compris le temps de préparation.» En ce sens, les auteurs de l'étude estiment carrément que les administrateurs suisses ne sont pas assez bien payés. Ou, plus précisément, «la structure de la rémunération actuelle n'est pas de nature à récompenser les efforts personnels et le succès».

Auto-complaisance

Tout est-il dès lors au mieux dans le meilleur des mondes? Pas vraiment. «Reste en effet la constatation choquante et insatisfaisante selon laquelle la question de la rémunération n'est de toute évidence pratiquement pas abordée dans les conseils d'administration», accuse ainsi Hubert Achermann. Sous-entendu: une forme d'auto-complaisante règne encore dans les entreprises helvétiques en la matière. Pour preuve: l'immense majorité des sociétés sondées voient d'un très mauvais œil la fixation des salaires de leurs dirigeants ou de leurs administrateurs par l'assemblée générale des actionnaires.

*«Rémunération des cadres supérieurs dans la pratique suisse», sur www.kpmg.ch