Comment s’établit le prix de l’essence ?

Bernard M. Wolf, professeur d’économie et titulaire de la chaire Pierre Lassonde de commerce international à la Schulich School of Business de l’Université York, nous entretient des nombreux facteurs qui déterminent le prix de l’essence.

EN DÉCEMBRE 1998, l’abondance de pétrole fit chuter le prix du brut sous les 11 $ le baril, son niveau le plus bas depuis 1986. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) – Arabie Saoudite, Iran, Koweit, Émirats arabes unis, Venezuela, Qatar, Iraq, Algérie, Libye, Nigeria, Indonésie – et d’autres pays producteurs hors OPEP décidèrent que, pour hausser le prix, il fallait réduire la production. Parallèlement, la demande de pétrole augmentait parce qu’il y avait reprise économique dans presque tous les pays d’Asie (sauf le Japon), relance de la croissance en Europe et en Amérique latine, et vigueur économique soutenue aux États-Unis. Résultat : les stocks de pétrole baissèrent. Le repli de l’offre et la progression de la demande donnèrent lieu à un relèvement des cours du brut, qui atteignirent bientôt un sommet inégalé en dix ans.

L’escalade des prix du pétrole brut s’est répercutée sur les prix mondiaux de l’essence et des autres produits dérivés. La situation a été aggravée par une tendance dont Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, a fait mention dans un discours prononcé en octobre dernier à Washington. « Au fil des ans, a-t-il déclaré, l’innovation et la consolidation ont nettement réduit les stocks d’exploitation de pétrole brut et de produits nécessaires pour répondre à un niveau donné de la demande. » En clair, il y a moins de réserves disponibles que dans le passé lorsque la demande augmente ou que l’offre diminue. Tout comme la production « juste-à-temps » dans l’industrie manufacturière (qui préconise l’acquisition des matières premières au fur et à mesure des besoins au lieu de leur entreposage), cette méthode permet d’abaisser les coûts de stockage. Cependant, si les approvisionnements sont perturbés, l’impact sur la disponibilité du produit et sur les prix peut être énorme. Ce phénomène s’est produit en 2000 : le prix du baril du pétrole brut s’est hissé à quelque 36 $US. La hausse s’est alors répercutée sur les prix des produits dérivés.

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