LE PRIX DE GROS de l’essence – en d’autres termes, le prix de base de l’essence achetée sur le marché libre ou à terme aux dépôts de distribution – est dicté par ce qui se produit sur les grands marchés comme le port de New York (NYH) et la partie américaine du golfe du Mexique. Comme les automobilistes, les grossistes qui achètent de l’essence tiennent compte du prix dans le choix d’un fournisseur; ils délaisseront leur fournisseur s’ils peuvent obtenir ailleurs un prix plus avantageux. Il en résulte que les prix de gros sont généralement uniformes dans une région donnée. Des écarts de prix interrégionaux sont possibles, mais ceux-ci ne reflètent en général que les coûts de transport. Les prix de gros sont publiés, ou affichés publiquement, quoique les raffineurs accordent souvent aux grossistes des réductions non publiées sur les grosses quantités. Mais, au bout du compte, les acheteurs grossistes ne paieront pas plus que ce qu’ils paieraient pour l’autre solution : le pétrole importé.

Dans la plupart des régions du Canada, les trois producteurs d’essence nationaux intégrés – l’Impériale, Petro-Canada et Shell, les grandes pétrolières – et au moins un grand producteur régional (Irving dans les Maritimes, Ultramar au Québec, Sunoco en Ontario et Chevron en C.-B.) exploitent des points de vente. Il existe en outre des « indépendants », c’est-à-dire des petites sociétés qui vendent de l’essence, mais qui n’en produisent pas. Le Canada compte aujourd’hui 13 500 points de vente, ou stations-service, soit 8 500 de moins qu’en 1989. La consolidation des établissements s’est accompagnée d’une augmentation considérable de leurs ventes moyennes d’essence (ou « débit ») et d’économies substantielles.

Plus de la moitié des points de vente au Canada sont loués à leurs exploitants par les grandes pétrolières ou appartiennent à des indépendants. Dans l’ensemble, ces derniers sont présents dans les plus petits marchés et ils établissent eux-mêmes leurs prix. Dans les centres urbains, la plupart des stations-service appartiennent aux grandes pétrolières. Elles sont exploitées par des agents, mais ce sont les grandes compagnies qui déterminent les prix.

Aujourd’hui, les stations-service offrent de plus en plus de services auxiliaires, par exemple un dépanneur et un lave-auto, qui permettent de dégager une marge bénéficiaire nettement supérieure à celle que rapporte la vente d’essence. Quoi qu’en pense le public, lorsque les pétrolières intégrées déclarent de fortes hausses de leurs bénéfices, comme c’est le cas en période de prix élevés du pétrole brut, cet apport de bénéfices est généralement tiré, non pas de l’élargissement des marges de détail ou de raffinage, mais bien de la production du brut. En fait, les divisions de Raffinage et de Marketing de ces pétrolières intégrées ont déclaré un bénéfice généralement compris entre 0,5 et 1,5 cent le litre.

Les marchés de l’essence locaux qui ne sont pas dominés par un détaillant sont les plus concurrentiels. Les prix de l’essence ont tendance à être plus élevés dans les régions où le transport de l’essence coûte cher ou encore dans celles où le débit est relativement faible. Souvent, ce sont de petites agglomérations rurales où il faut dégager des marges plus substantielles pour compenser les volumes de ventes modestes.