Les cycles des prix sont en quelque sorte inéluctables dans la plupart des centres urbains du Canada. Les prix de l’essence baissent lentement, puis grimpent; des bonds de quatre ou cinq cents le litre sont fréquents. Pourquoi ? Les fournisseurs d’essence peuvent réaliser des économies d’échelle appréciables en augmentant leur part de marché : les distributeurs d’essence sont déjà installés et le personnel en place est ordinairement suffisant pour servir une clientèle plus nombreuse, sans compter que les clients peuvent s’offrir un lavage de voiture ou faire des achats au dépanneur. Pour attirer des consommateurs d’essence, les stations-service doivent abaisser leurs prix. Le point de vente d’en face veut évidemment conserver sa clientèle – ou sa part de marché – et il réduit aussi ses prix pour être compétitif. L’abaissement et l’alignement des prix se poursuivent jusqu’à ce que les bénéfices soient sérieusement entamés ou que des pertes soient essuyées. Après quoi l’une des grandes pétrolières hausse son prix et les autres lui emboîtent le pas. Tôt ou tard, un détaillant réduit son prix et un nouveau cycle s’amorce.

Bref, dans la plupart des régions du Canada, la vente de l’essence au détail est caractérisée par le synchronisme avec lequel tous les acteurs d’un marché donné changent leurs prix. Mis à part l’instant où les changements de prix sont déclenchés, les prix de l’essence sont quasi identiques dans une région donnée. Qu’en est-il de la concurrence sur le marché ? Il suffit d’avoir des rudiments d’économie pour savoir qu’à un marché unique correspond un prix unique, indépendamment du nombre de vendeurs et de l’influence que chacun exerce sur le prix.

En 2000, les taxes et le coût du pétrole brut au Canada ont représenté, en moyenne, plus de 80 % du prix à la pompe.

La concurrence sur les marchés de l’essence au détail peut s’intensifier du fait de la présence grandissante de chaînes de distribution d’essence à gros débit dans les hypermarchés et dans les magasins à prix réduits, tels Costco et, dans l’Ouest, Safeway. On ignore encore si ces chaînes deviendront assez rentables pour constituer une force sérieuse au Canada, mais elles sont déjà prospères aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne.