Suez et GDF vont revoir leur copie et la présenter sous peu à Bruxelles
PARIS (AFP)
Suez et GDF devraient faire parvenir rapidement à Bruxelles leurs nouvelles concessions dans le cadre de leurs âpres négociations avec la Commission européenne sur leur projet de fusion, alors que des rumeurs sur l'entente entre les groupes commencent à apparaître.
Suez et GDF vont proposer à la Commission européenne la cession totale de la filiale de Suez en Belgique Distrigaz, ainsi que la vente de 13 à 15% de leurs capacités gazières dans ce pays, a-t-on appris vendredi auprès d'un membre du comité central d'entreprise européen de GDF.
Ces propositions seront adressées vendredi aux services européens de la concurrence dans le cadre de la deuxième phase des négociations entre les deux groupes et les autorités européennes.
Le processus de fusion entre Suez et GDF n'est pas menacé, a déclaré vendredi sur BFM le PDG de Suez Gérard Mestrallet, alors que courent des rumeurs de mésententes entre les groupes.
Graphique interactif sur le projet de fusion GDF-Suez (GRAPHIQUE FLASH)© AFP iactiv
"Le processus de fusion n'est pas menacé", a déclaré le PDG de Suez.
Par ailleurs, M. Mestrallet a assuré que "à ce stade de la réflexion", les deux groupes suivent des principes "de parité et d'équité" dans la définition des équipes dirigeantes à venir.
"C'est une fusion d'égaux entre deux grands groupes, (...) qui ont leur fierté, il est essentiel de respecter les deux cultures, les savoirs-faire et les traditions", a déclaré M. Mestrallet.
Les deux groupes affichent toujours leur "confiance" dans le succès de leur opération et jurent qu'ils travaillent main dans la main face aux autorités communautaires de la concurrence.
Mais des accrocs sont apparus récemment. "La direction de GDF laisse entendre que le patron de Suez Gérard Mestrallet a négocié avec l'Etat belge et décidé de lui faire des concessions sur l'électricité et le nucléaire sans l'avis de GDF", a déclaré une source proche du dossier.
Suez a en effet passé un accord la semaine dernière avec l'Etat belge, indépendamment des négociations avec la Commission européenne, par lequel le groupe a renoncé à une partie de son potentiel électrique. Or un des intérêts de la fusion pour Gaz de France est de mettre la main sur des actifs électriques.
Par ailleurs, les négociations avec les services européens de la concurrence se sont compliquées ces derniers jours.
Officiellement, "toutes les préoccupations de la Commission étaient énumérées dans la communication de griefs du 18 août", auxquels ont répondu les deux groupes le 20 septembre, et il n'y a pas eu "d'exigences supplémentaires", selon le porte-parole européen à la Concurrence, Jonathan Todd.
Mais selon une source proche du dossier, il y a bien eu un durcissement de la Commission autour de la table de négociations après réception des observations des concurrents des deux groupes sur les remèdes proposés.
Suez et GDF devraient notamment renoncer totalement à la filiale de distribution de gaz de Suez en Belgique, Distrigaz, et faire des concessions supplémentaires sur la gestion de terminaux méthanier.
GDF a convoqué dans l'urgence jeudi un conseil d'administration pour se pencher sur cette nouvelle situation. Toute la question est en effet de savoir jusqu'à quel niveau de concessions à la Commission cette fusion restera intéressante pour GDF.
Le conseil a prévenu qu'il n'entendait pas aller trop loin en défendant "la force du modèle stratégique et de la culture industrielle de Gaz de France".
Le groupe a aussi laissé poindre ce qui pourrait passer pour de l'agacement vis-à-vis de Suez, en soulignant la "nécessité d'une gouvernance équilibrée du futur ensemble tant au niveau du conseil d'administration que du management".
Un autre point de crispation alors qu'il est clair qu'au terme de cette fusion, ce sera Suez (41,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2005 et 157.000 collaborateurs) qui aura absorbé GDF (22,4 milliards de chiffre d'affaires et 53.000 collaborateurs).
Selon Les Echos de vendredi qui cite une source proche du dossier, le succès de la fusion dépendra "essentiellement de la volonté de Suez de lâcher des choses, en termes de pouvoir".
Parmi les autres sujets de discorde potentiels, figurent la parité de fusion alors que les rumeurs d'OPA de François Pinault sur le pôle environnement de Suez, même démenties, ont fait monter l'action (35,24 euros à la clôture jeudi à la Bourse de Paris contre 31,43 euros pour GDF), ou encore le nom du futur groupe.