Le géant minier brésilien CVRD creuse son nid européen à Saint-Prex
MATIÈRES PREMIÈRES Discrètement arrivé en février, le premier producteur mondial de minerais de fer est actif en Suisse dans le négoce.
JEAN-MARC CORSET
Publié le 21 octobre 2006
MINE Companhia Vale do Rio Doce (CVRD, ici une vue de la mine brésilienne de Brucutu, à 100 km de Belo Horizonte) a discrètement inauguré, en février, un centre international pour la vente de ces minerais et métaux. / AFP/MOTA
MINE Companhia Vale do Rio Doce (CVRD, ici une vue de la mine brésilienne de Brucutu, à 100 km de Belo Horizonte) a discrètement inauguré, en février, un centre international pour la vente de ces minerais et métaux. / AFP/MOTA
Son arrivée au bord du Léman s'est faite jusqu'à présent sans tambour ni trompette. Pourtant, la Companhia Vale do Rio Doce (CVRD), qui s'est installée à St-Prex en février dernier, n'est pas une entreprise mineure. Il s'agit ni plus ni moins que de la plus grande compagnie minière des Amériques, premier producteur et exportateur mondial de minerais de fer et de grenaille et numéro 2 dans la production de manganèse et d'alliages de fer. Ce géant, originaire de l'un des nouveaux «dragons émergents», le Brésil, est un des principaux fournisseurs de la Chine si gourmande en matières premières. En Suisse, CVRD International SA va s'occuper de la vente de ces minerais et métaux.
CVRD fait l'actualité ces jours en raison de sa gigantesque offre publique d'achat (OPA) sur son concurrent canadien Inco - 2e producteur de nickel et important acteur du cuivre - pour un montant de plus de 15 milliards de dollars USD. Une offre qui expire lundi. Avec ce rachat, CVRD deviendrait également le premier producteur mondial de nickel, devant le russe Norilsk. A noter que le prix de ce métal a atteint un niveau historique record il y a une semaine. Jeudi, le brésilien, coté à New York et parmi les quatre plus importantes sociétés minières de la planète par sa capitalisation, a annoncé avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires des autorités au rachat du canadien dans le cadre de son offre entièrement en espèces! Un feu vert salué hier par le PDG du groupe, Roger Agnelli.
La firme brésilienne a débarqué plus modestement à St-Prex avec le soutien du DEWS, l'organe de promotion économique des cantons de Vaud, Neuchâtel, Jura et Valais. Michel Conne, directeur de projet au DEV, l'entité vaudoise, relève que cette implantation est le fruit de plusieurs mois de contacts. CVRD, dont le siège est à Rio, cherchait une ouverture sur le marché européen. Plusieurs sites étaient en compétition, confirme le porte-parole de CVRD au Brésil. Celui-ci précise que la Suisse a été choisie pour ses «meilleures conditions d'infrastructures et de localisation».
A n'en pas douter, la présence dans la région de nombreuses sociétés de négoce dans les matières premières a également joué un rôle (lire ci-contre). Officiellement, il s'agit d'un transfert de société qui se trouvait précédemment à Nassau, dans les Bahamas. A ce titre, elle est inscrite dans le Registre du commerce en tant que société de participations. Mais, pour l'heure en tous les cas, l'activité promise au site vaudois est le négoce des minerais et métaux extraits dans les mines du groupe.
Extension prévue
CVRD International emploie actuellement près de 30 personnes dans une zone industrielle à St-Prex. Mais la firme brésilienne ne compte pas s'arrêter là. Un nouveau bâtiment doit être construit à proximité afin de fournir les locaux suffisants à son expansion en tant que siège du groupe en Europe. Aucun chiffre, en termes d'emplois projetés, n'est toutefois encore articulé. La question est à l'étude, dit-on au Brésil. La mise à l'enquête n'a d'ailleurs pas encore été lancée mais ne devrait guère poser de problème en cette zone communale.
Avec l'inauguration récente du groupe pharmaceutique Ferring, le syndic Günter Daumer a de quoi se réjouir même s'il ne fait pas d'estimation des rentrées fiscales. Les négociations quant aux avantages accordés à la nouvelle société se font à l'échelon du canton, fait-il remarquer.
En tous les cas, le groupe CVRD s'apparente à un bon filon. Ses revenus profitent de l'explosion des prix des matières premières. Dopé par la demande chinoise, le prix mondial du fer a ainsi pratiquement doublé de 2003 à 2006, lui permettant d'engranger des profits records. Outre les minerais ferreux, l'entreprise traite également les non-ferreux: cuivre, kaolin et potasse. Elle exploite aussi l'aluminium, l'acier et est active dans l'énergie et la logistique. Dans le minerai de fer, elle détient 32% de tout le marché maritime.
Le groupe, qui compte 137 000 emplois, a réalisé un bénéfice net de 4,8 milliards de dollars en 2005 pour des revenus bruts de près de 13,4 milliards de dollars.